Hartog-Gautier, Nathalie. Any News of Lapérouse? L’attirance des explorations, State Library of New South Wales, 2005, ill. (catalogue, French)

Les désires qui conduisirent les hommes à partir, à explorer des étendues de mers et de terres inconnues ont du être puissants. Peut-être furent-ils attirés par l’espoir d’une vie meilleure dans la marine, mais la plupart embarquaient avec pour seul bagage une curiosité intellectuelle car ces voyages contribuaient au développement des connaissances scientifiques et humaines, mais surtout constituaient une quête personnelle.

Par son contact avec d’autres cultures l’Européen put mieux comprendre son propre monde et sa place qu’il y tenait. Au travers des siècles les explorateurs repoussèrent les frontières, le bout du monde ne fit plus peur, l’encyclopédie en témoigne avec le dix-huitième siècle, siècle des lumières. Plus de deux cents ans plus tard, notre perception relie tous ces points de l’histoire et rétrécit l’espace en le globalisant.

Redécouverte de Lapérouse
Par mes œuvres et l’accès à des documents originaux venant de la Mitchell Library en Australie et de la Bibliothèque Mazarine en France, je redécouvre Lapérouse et porte un regard qui croise le sien, celui qu’il porta sur certaines régions du globe.

La recherche de son voyage m’entraine dans un voyage d’exploration personnelle. La diversité des supports, la composition de chaque image me font revivre l’enthousiasme d’un explorateur et j’éprouve un immense bonheur entre ces allées et retours entre l’imaginaire et le réel. Je me suis mise à rêver, à recréer et réinventer, dans ce moment que Karen Blixen qualifie de « dépasse temps ».
Qu’aurait donc ressenti Lapérouse ? Aurait-il ressenti la même fascination devant ce paysage souvent intriguant dans son alchimie naturelle, devant ce bleu des feuilles d’Eucalyptus, camouflage de perroquets multicolores ? Les troncs tortillards des plantes australiennes, le Grass Tree au tronc composé de morceaux semblables à la carapace d’insectes ? Le Casuarina si féminin quand il fleurit, le Banksia si noble dans sa rudesse ? Ou, par le regard et le touché, chaque élément d’un coquillage est transposé comme un hiéroglyphe, créant ainsi une succession de formes narratives ?

Il est regrettable que Duché de Vancy, Blondela et Prévost, artistes qui accompagnèrent Lapérouse en Australie, n’aient pu laisser de documents sur leur escale à la Baie de Botanique. Je ne peux que spéculer sur ce qui les aurait étonnés, intéressés et ce qui aurait pu éveiller autant leur curiosité que la mienne. Me remémorant ma propre arrivée, je savoure encore aujourd’hui mon émerveillement devant les contrastes de ce paysage.

Nathalie Hartog-Gautier